Avec cet article j'inaugure une série d'articles sur le tirage des photos noir & blanc. Il est clair que je ne suis pas un tireur professionnel et je ne prétend absolument pas être un bon tireur. Je suis un amateur. Mais j'ai appris et expérimenté ces dernières années quelques techniques qui me semble intéressantes et j'ai envie de les partager. Notamment je vais m'intéresser à la méthode de tirage dite f-stop et l'utilisation d'un outil que je trouve vraiment très bon, le StopClock Professionnal qui m'a permis de faire de gros progrès dans ma méthode de tirage. Je n'ai trouvé sur le Net aucune information en français sur ce sujet.
Avec ce premier article, avant de vous parler du StopClock Professionnal, je vais tenter d'expliquer la méthode de dite « f-stop » ou que j'appelle également « géométrique » qui utilise une progression géométrique par opposition à la méthode arithmétique plus intuitive mais à mon avis nettement moins précise. Je sais qu'à la première lecture, cela va vous apparaître horriblement compliqué.
Mais je vous assure que la pratique n'est pas compliquée du tout et passé les premiers temps d'apprentissage, vous ne pourrez plus vous passer de cette méthode.
La notion d'ouverture
La formation d'une image sur une surface sensible (pellicule ou papier photo) est un phénomène énergétique. On peut comparer le phénomène au remplissage d'un seau avec de l'eau. Pour remplir un seau vous pouvez jouer sur deux paramètres, le débit de l'eau (en ouvrant plus ou moins le robinet) et le temps pendant lequel vous laisser votre seau sous le robinet. Le résultat est toujours le même : le seau est rempli (=photo exposée correctement). Vous pouvez aller vite en ouvrant plus le robinet ou prendre votre temps en laissant couler un laisser couler un petit filet d'eau en ouvrant très peu le robinet.
Votre appareil photo fonctionne sur ce principe, si vous augmentez l'ouverture du diaphragme pour un résultat identique, le temps d'exposition diminue. Si vous avez un appareil automatique faite l'essai pour une lumière identique, ouvrez votre diaphragme d'un cran, le temps d 'exposition (souvent appelé vitesse) va passer par exemple de 1/60 à 1/125 (par exemple).
Les appareils photo sont conçus de manière à avoir un facteur deux en ce qui concerne la quantité de lumière (l'énergie lumineuse) entre deux ouvertures. Concrètement, si vous fermez d'un diaphragme (par exemple passage de f/8 à f/11) sans changer le temps d'exposition, il y a deux fois moins de lumière qui atteindra la pellicule. Le raisonnement est identique pour le temps d'exposition, le passage d'une vitesse à une vitesse plus lente (par exemple passage de 1/125 à 1/60) sans changer le diaphragme fera que vous aurez deux fois plus de lumière qui atteindra la pellicule.
La série des diaphragmes qui est devenue standard est la suivante :
Image publié sous licence Creative Commons Paternité – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported, Auteur : Eric Bajart, Fichier original
Il y a un rapport de racine de deux (~1,4) entre chaque valeur.
Mon objectif n'est pas de faire une démonstration mathématique, pour aller plus loin sur le sujet, je vous recommande l'article de Wikipedia sur l'ouverture.
La méthode traditionnelle arithmétique
Comme tous le monde, c'est la méthode que j'ai longtemps utilisée. Le plus simple pour comprendre le concept est de regarder une bande d'essai.
Entre chaque bande, il y a une différence de 5 seconde.
La bande d'essai est réalisée en utilisant une feuille opaque et en découvrant progressivement le papier photo d'une valeurs de temps donnée (ici 5s). La première bande recevant le nombre total de bandes multiplié par le temps de base : ici 9 bandes x 5s soit 45 s.
Gros avantage de la méthode c'est extrêmement facile de réaliser une bande comme celle-ci.
| Temps d'exposition (s) |
5
|
10
|
15
|
20
|
25
|
30
|
35
|
40
|
45
|
| Pourcentage de différence entre chaque bande |
100%
|
50%
|
33%
|
25%
|
17%
|
14%
|
13%
|
11%
| |
| Différence d'ouverture (approximativement) |
1
|
1/2
|
1/3
|
1/4
|
1/6
|
1/7
|
1/8
|
1/9
|
Pour les bandes claires on obtient un écart très important alors que pour les bandes foncées on a un écart très faible. La décision à prendre pour le temps d'exposition final est basée sur des informations très différentes en fonction de l'endroit où l'on se place sur la bande d'essai.
La méthode géométrique
Première étape : dégrossir la photo
Cette méthode est basée sur des bandes correspondant à un multiple d'ouverture (f-stop en anglais). Si l'on prends les valeurs conventionnelles d'ouvertures utilisées en photographie, on obtient l'équivalence ouverture / temps suivante [1]
| Ouverture (f/stop) |
45
|
32
|
22
|
16
|
11
|
8
|
5,6
|
4
|
2,8
|
2
|
| Temps (s) |
1
|
2
|
4
|
8
|
16
|
32
|
64
|
128
|
256
|
512
|
D'un point de vue pratique pour obtenir un écart de 1 diaphragme entre chaque bande on exposera les bandes suivant la série suivante :
| Bande |
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
7
|
8
|
| Temps d'exposition de la bande |
64
|
32
|
16
|
8
|
4
|
2
|
1
|
1
|
| Temps cumulé de la bande |
128
|
64
|
32
|
16
|
8
|
4
|
2
|
1
|
Exemple :
Comme vous le voyez souvent les dernières bandes sont très sous-exposées et donc inutiles. Vous pouvez parfaitement tronquer la série. Dans ce cas, elle doit se terminer par deux expositions avec le même temps, exemple, si vous désirez vous arrêter à 4 s : 32, 16, 8, 4 et 4 s.
Contrairement aux apparences l'écart entre chaque bande est identique en terme de quantité (ou d'énergie) de lumière :
| Temps d'exposition (s) |
1
|
2
|
4
|
8
|
16
|
32
|
64
|
| Pourcentage de différence entre chaque bande |
100%
|
100%
|
100%
|
100%
|
100%
|
100%
| |
| Différence d'ouverture |
1
|
1
|
1
|
1
|
1
|
1
|
Un écart de un diaphragme reste un écart important. A partir de la bande d'essai précédente, je détermine quelle bande me semble la plus proche du résultat que je veux obtenir. Ici, j'ai le sentiment que le « bon résultat » se situe au environ de 8 s. Pour affiner je vais faire une bande d'essai par quart de diaphragme et afin de couvrir une gamme suffisante je décide de partir de 4 s.
Deuxième étape : affiner
Là, j'utilise une méthode différente pour la réalisation de la bande d'essai : j'expose la totalité de la feuille avec le bande de base (ici 4s) et je couvre la feuille progressivement par incrément de ¼ (par exemple) de diaphragme.
Le calcul (voir méthode de calcul et tables dans le paragraphe suivant) me donne le tableau suivant
| Bande |
Totalité feuille
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
7
|
8
|
9
|
10
|
| Temps d'exposition de la bande (s) |
4
|
0,76
|
0,9
|
1,07
|
1,27
|
1,51
|
1,8
|
2,14
|
2,55
|
3,03
| |
| Temps cumulé de la bande (s) |
4
|
4,76
|
5,66
|
6,73
|
8
|
9,51
|
11,31
|
13,45
|
16
|
19,03
| |
| Diaphragme |
1
|
1,25
|
1,5
|
1,75
|
2
|
2,25
|
2,5
|
2,75
|
3
|
3,25
|
Cette bande couvre un peu plus de deux diaphragmes.
- Exposer la totalité du papier pendant 4 s,
- couvrir la première bande
- exposer la surface restante pendant 0,76 s
- continuer à pousser le masque pour masquer la première et la deuxième bande
- exposer la surface restante pendant 0,9 s
- etc
Je choisis de tirer la photo avec un temps de 9,51s soit [4 s + (5x1/4 de diaphragme)]. Ce qui donne
Il existe des compte-poses calculant automatiquement les temps en fraction de diaphragme (vous pouvez choisir d'autres fractions que 1/4). Je reviendrai dans de futurs articles sur le modèle que j'utilise. Vous pouvez parfaitement utiliser un compte-pose traditionnel avec des tables. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait pendant longtemps.
La suite des diaphragme est une suite géométrique de raison 2 :
Pour les fractions de diaphragme, il s'agit d'une suite géométrique de raison 2 à la puissance de la fraction. Par exemple la suite par quart d'ouverture est la suivante :
J'indique ces formules pour ceux qui, voudraient construire leurs tables en utilisant un tableur. Pas besoin de faire des maths, vous trouverez ci-dessous des tables que vous pouvez utiliser pour ne pas avoir à faire de calcul.
Conclusions : intérêt de la méthode
Le premier intérêt est clairement l'obtention de bandes d'essai de meilleures qualité. La méthode géométrique fournit un meilleurs outil que les bandes obtenues avec la méthode arithmétique. Très rapidement, vous ne pensez plus en temps mais en diaphragme.
La deuxième intérêt est dans l'utilisation de cette méthode pour les agrandissements. Pour déterminer les différences d'expositions entre divers zones vous pouvez utiliser cette méthode. Les différences d'exposition entre les zones à « retenir » ou à « pousser » sont alors déterminées non plus en temps mais en diaphragme ou en fraction de diaphragme : + 1 diaphragme., -1/3 de diaphragme etc. Lorsque vous agrandissez la photo cette différence en diaphragme entre les zones reste identique. Après avoir déterminé les différences d'exposition en diaphragme pour les différentes zones sur votre premier tirage (prenez des notes). Il suffit alors de déterminer le temps de base sur l'agrandissement. La différence en diaphragme reste identique sur l’agrandissement. Plus besoin d'effectuer des bandes d'essai pour chaque zone.
Annexe : tables
Nota : les tables suivantes sont arrondies à 1 chiffre après la virgule ce qui est largement suffisant et qui permet d'utiliser la plupart des comptes-poses. Faite un clic droit sur l'image et choisissez "enregistrez l'image sous" pour sauvegarder le tableau sur votre disque dur.
- Table en quart de diaphragme
Comment utiliser cette table?
Pour réaliser la bande d'essai en quart de diaphragme, vous rentrez dans le tableau par la première colonne à gauche au niveau du temps de 4 s (par exemple) et vous enchainez la colonne des +1/4 : 0,8s, 0,9 s, 1,1 s, 1,3 s etc.
Pour le temps final de ma photo, de la même manière vos démarrez au niveau du temps de 4 s et vous comptez 5 lignes en démarrant à la ligne du dessous et vous obtenez 9,5 s.
Vous pouvez utiliser cette table pour les demies diaphragmes en sautant une colonne et une ligne (flèche jaune sur le schéma).
- Table en tiers de diaphragme
- Table en sixième de diaphragme
Bibliographie
[1] Ralph W. Lambrecht & Chris Woohhouse, Way Beyond Monochrome, second edition, Focal press/Elsevier, ISBN 978-0-240-81625-8, 2011, page 24
Lien interne à ce blog
Le StopClock Professional, un compte pose qui utilise le principe du f-stop
Remerciement
Un grand merci à Phot-O-Vergne qui contrairement à moi est un vrai photographe et qui m'a appris cette technique.
















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